T'as Quoi ? C'est Quoi ?
Pourquoi j’ai voulu créer un espace pour parler autrement de santé mentale
Zoé Dambrune
Psychologue clinicienne

On demande souvent : “Ca va ? T’as quoi ?” Parfois avec inquiétude. Parfois avec maladresse. Parfois sans vraiment attendre la réponse. Petit à petit, une question a commencé à prendre de plus en plus de place dans ma tête : Pourquoi est-ce qu’on parle encore si difficilement de santé mentale ?
Entre les cabinets… et la vraie vie
Je suis psychologue clinicienne.
Et au fil des années, entre consultations, ateliers, prévention et rencontres de terrain, j’ai vu à quel point certaines souffrances restent silencieuses.
Pas parce que les personnes “ne veulent pas parler”.
Mais souvent parce qu’elles :
- •ne trouvent pas les mots,
- •ont peur d’être jugées,
- •minimisent ce qu’elles vivent,
- •pensent qu’elles devraient “gérer seules”,
- •ou n’ont jamais appris à comprendre ce qu’elles ressentent.
On parle parfois de santé mentale comme de quelque chose de grave, lointain, réservé aux crises ou aux diagnostics.
Alors qu’en réalité, elle traverse le quotidien : dans les relations, dans le rapport au corps, dans l’estime de soi, dans la parentalité, dans les addictions, dans les violences, dans le sentiment de solitude, dans le besoin de contrôle, dans les émotions qu’on ravale, et dans tout ce qu’on essaye de continuer à porter “normalement”.
Les recherches en psychologie montrent d’ailleurs que le fait de pouvoir identifier et nommer ses états émotionnels participe à la régulation émotionnelle et à une meilleure compréhension de soi (Lieberman et al., 2007).
Mais encore faut-il avoir un espace où ces émotions peuvent exister.
Quand la créativité devient un outil clinique
Très vite, j’ai réalisé quelque chose d’important :
Certaines personnes arrivent plus facilement à parler à travers un jeu, une image, une métaphore ou une affiche… qu’à travers une question frontale.
C’est probablement là que “T’as Quoi” a réellement commencé à naître. Pas comme une marque. Pas comme une entreprise. Mais comme une envie :
Celle de créer des supports qui rendent certains sujets plus accessibles, plus humains, moins honteux. Des outils qui ouvrent des discussions.
Parce qu’on ne comprend pas toujours ce qu’on traverse avec de grandes théories.
Parfois, il suffit : d’une phrase qui résonne, d’une illustration, d’un jeu, d’un atelier, d’une ressource qu’on découvre au bon moment, ou du soulagement de se dire : “Ah… donc je ne suis pas seul·e à ressentir ça.”
Un projet entre psychoéducation, prévention et transmission
“T’as Quoi”, c’est aujourd’hui un projet qui mélange plusieurs choses qui me passionnent profondément :
la psychologie à travers la psychothérapie, la transmission à travers la formation, la créativité et la prévention.
Au de la des accompagnements thérapeutiques et formations, on y retrouvera progressivement :
- •des articles de vulgarisation scientifique,
- •des ressources autour de la santé mentale,
- •des affiches téléchargeables,
- •des outils psychoéducatifs,
- •des réflexions cliniques,
- •des contenus autour des émotions, de l’anxiété, des addictions, de l’estime de soi ou de la parentalité,
- •mais aussi des jeux et supports pensés pour ouvrir le dialogue autrement.
Parce que la prévention ne devrait pas uniquement exister sous forme de chiffres, d’interdictions ou de discours culpabilisants.
La psychoéducation peut aussi être sensible, ludique, incarnée et accessible.
Et les travaux autour de l’apprentissage émotionnel montrent justement que les approches expérientielles, interactives et contextualisées favorisent souvent une meilleure intégration des compétences psychosociales (Jones, Barnes, Bailey, & Doolittle, 2017).
Et maintenant ?
Créer “T’as Quoi”, ce n’était pas l’envie de rendre la santé mentale “instagrammable”.
C’était plutôt l’envie de la rendre plus intelligible : avec nuance, avec rigueur, avec humanité.
Je crois qu’on peut vulgariser sans vider les sujets de leur profondeur, qu’on peut parler de psychologie sans jargon inaccessible, qu’on peut parler de souffrance sans dramatiser et qu’on peut parler de prévention sans faire peur.
“T’as Quoi” démarre doucement. Comme beaucoup de projets qui comptent vraiment :
- •avec beaucoup d’idées,
- •beaucoup d’envies,
- •un peu de peur aussi,
- •et surtout énormément de sens.
L’objectif n’est pas d’avoir réponse à tout.
L’objectif est plutôt de créer un espace où la santé mentale peut exister autrement : pas seulement dans les moments de crise, mais aussi dans la vie de tous les jours.
Alors bienvenue dans “T’as Quoi”. 💛
Sources
D'où viennent ces informations
Jones, S. M., Barnes, S. P., Bailey, R., & Doolittle, E. J. (2017). Promoting Social and Emotional Competencies in Elementary School. The Future of Children, 27(1), 49‑72. https://doi.org/10.1353/foc.2017.0003
Lieberman, M. D., Eisenberger, N. I., Crockett, M. J., Tom, S. M., Pfeifer, J. H., & Way, B. M. (2007). Putting Feelings Into Words. Psychological Science, 18(5), 421‑428. https://doi.org/10.1111/j.1467-9280.2007.01916.x