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Estime de soi

L’estime de soi, ce n’est pas juste “s’aimer”

Comprendre la différence entre estime de soi, confiance en soi et image de soi...

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Zoé Dambrune

Psychologue clinicienne

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L’estime de soi, ce n’est pas juste “s’aimer”

On parle souvent d’estime de soi comme si c’était une sorte de bouton intérieur : soit on s’aime, soit on ne s’aime pas. Soit on a confiance, soit on n’a pas confiance. Soit on se sent bien avec soi-même, soit quelque chose “cloche”. Mais en psychologie, les choses sont souvent un peu plus fines que ça. Quand une personne dit : “Je n’ai pas confiance en moi”, elle peut parler de réalités très différentes. - Elle peut parler de son apparence. - De ses capacités. - De la manière dont elle pense être perçue. - De son sentiment de valeur. - De son histoire. - De ses réussites, de ses échecs, de ce qu’on lui a renvoyé pendant longtemps. Autrement dit : derrière une phrase très simple, il peut y avoir plusieurs dimensions du rapport à soi. Cet article propose de démêler trois notions que l’on confond souvent : l’estime de soi, la confiance en soi et l’image de soi. Avec, au passage, une petite métaphore : celle du jardin intérieur.

+ En bref

L’estime de soi ne se résume pas au fait de “s’aimer”. Elle renvoie plutôt à l’évaluation globale que l’on fait de sa propre valeur : est-ce que je me considère comme une personne digne de respect, d’attention et de considération ? La confiance en soi est plus située : elle concerne ce que je pense être capable de faire dans une situation ou un domaine précis. L’image de soi correspond davantage à la manière dont je me vois, physiquement, socialement ou symboliquement, et à la façon dont je crois être perçu·e. On peut donc avoir confiance en soi dans certains domaines tout en ayant une estime de soi fragile. Et inversement, on peut douter de ses capacités dans une situation sans que cela dise quelque chose de sa valeur profonde.

Pourquoi on confond souvent ces notions ?

Dans le langage courant, on utilise très facilement les expressions "estime de soi", "confiance en soi", "amour de soi", "image de soi" ou encore "valeur personnelle" comme si elles voulaient dire exactement la même chose.

Ce n’est pas complètement absurde : toutes ces notions parlent bien du rapport à soi. Elles sont liées, elles s’influencent, elles peuvent se renforcer ou se fragiliser mutuellement.

Mais elles ne désignent pas tout à fait la même chose.

Par exemple, une personne peut se sentir très compétente dans son travail, être reconnue par ses collègues, réussir à prendre des décisions importantes… et pourtant avoir, au fond, la sensation de ne jamais être assez.

  • Dans ce cas, la confiance en soi professionnelle peut être présente, mais l’estime de soi reste fragile.

À l’inverse, une personne peut avoir une estime de soi relativement solide — c’est-à-dire ne pas remettre toute sa valeur en question — tout en doutant fortement dans une situation nouvelle : parler en public, passer un examen, devenir parent, changer de métier, poser une limite.

C’est pour cela qu’il est utile de distinguer les choses.

Parce que l’on ne prend pas soin d’un miroir, d’une boîte à outils et de racines de la même manière.

L’image de soi : le miroir du jardin

L’image de soi correspond à la manière dont une personne se représente elle-même.

  • Elle peut concerner le corps, l’apparence, le style, la posture, mais aussi la manière dont on pense être vu·e par les autres.

C’est un peu comme "le miroir du jardin intérieur".

  • Dans ce miroir, je peux me trouver trop ceci, pas assez cela.
  • Je peux me voir à travers mes complexes, mes comparaisons, mes expériences passées, les remarques reçues, les normes sociales ou les attentes qui m’entourent.

Le problème, c’est qu’un miroir n’est pas toujours neutre.

  • Il peut être déformé par la fatigue, par l’anxiété, par des critiques répétées, par des expériences de rejet, par les réseaux sociaux, par des normes corporelles ou sociales très exigeantes.

L’image de soi est donc importante, mais elle ne dit pas tout de la personne.

Ne pas aimer ce que l’on voit dans le miroir à un moment donné ne signifie pas que l’on a moins de valeur.

C’est une nuance essentielle.

La confiance en soi : la boîte à outils

La confiance en soi renvoie plutôt à ce que je pense être capable de faire.

  • Elle est souvent liée à un domaine précis.

La confiance en soi ressemble donc à "une boîte à outils".

  • Certains outils sont bien installés.
  • D’autres sont encore en construction.
  • Certains ont été abîmés par des expériences d’échec, de moquerie ou d’humiliation.
  • D’autres n’ont simplement jamais eu l’occasion d’être développés.

Cette distinction rejoint les travaux d’Albert Bandura sur le sentiment d’efficacité personnelle. Bandura (1977) s’intéresse à la manière dont les personnes évaluent leur capacité à organiser et réaliser les actions nécessaires pour faire face à une situation donnée.

Autrement dit, la question n’est pas seulement “Est-ce que je m’aime ?”

Mais plutôt : “Est-ce que je pense pouvoir y arriver dans cette situation précise ?”

Et cette confiance peut se construire progressivement, à partir d’expériences, d’encouragements, d’essais, d’erreurs, de réussites, mais aussi d’un environnement suffisamment sécurisant pour apprendre.

L’estime de soi : les racines

L’estime de soi est une notion plus globale.

Dans la littérature scientifique, elle est généralement définie comme l’évaluation subjective qu’une personne fait de sa propre valeur. Orth et Robins (2014) rappellent que l’estime de soi ne reflète pas nécessairement les talents objectifs d’une personne, ni même la manière dont elle est réellement évaluée par les autres. Elle concerne plutôt le sentiment d’être une personne valable.

C’est là que la métaphore du jardin devient intéressante.

  • Si l’image de soi est le miroir,
  • si la confiance en soi est la boîte à outils,
  • alors l’estime de soi serait plutôt les racines.

Les racines ne se voient pas toujours. Elles ne disent pas si le jardin est parfaitement rangé. Elles ne disent pas si toutes les fleurs sont ouvertes. Elles ne disent pas si la météo est bonne.

Mais elles soutiennent quelque chose de plus profond : le sentiment que ce jardin mérite d’être entretenu. Avoir une estime de soi plus solide, ce n’est donc pas se trouver formidable tous les jours.

  • Ce n’est pas se répéter mécaniquement “je suis incroyable” devant un miroir.
  • Ce n’est pas non plus se croire supérieur·e aux autres.

C’est plutôt pouvoir se dire : “Même quand je doute, même quand je rate, même quand je traverse une période difficile, je reste une personne qui mérite du respect, de l’attention et de la considération.”

Cette nuance est importante, car elle permet de différencier l’estime de soi d’une forme de toute-puissance ou de narcissisme. Rosenberg (1965) insistait déjà sur l’idée qu’une estime de soi élevée ne signifie pas nécessairement se penser supérieur·e aux autres, mais plutôt se sentir suffisamment valable.

Peut-on avoir confiance en soi et une estime de soi fragile ?

Oui. Et c’est même assez fréquent.

Certaines personnes peuvent fonctionner très efficacement dans plusieurs domaines de leur vie : travail, études, organisation, relations, responsabilités, créativité, parentalité. De l’extérieur, elles peuvent même donner l’impression d’être très solides.

Mais intérieurement, elles peuvent vivre avec une peur constante de décevoir, une difficulté à recevoir les compliments, une tendance à minimiser leurs réussites, ou l’impression que leur valeur dépend de ce qu’elles produisent pour les autres.

Dans ce cas, les outils sont là.

  • La personne sait faire beaucoup de choses.
  • Mais les racines restent vulnérables.

Cela peut donner des phrases comme :

  • “J’ai réussi, mais c’était facile.”
  • “On m’apprécie parce que je rends service.”
  • “Si je ralentis, je ne vaux plus grand-chose.”
  • "Si je fais une erreur, on va voir que je ne suis pas à la hauteur.”

Ces pensées ne sont pas des preuves. Elles sont souvent les traces d’apprentissages anciens, de contextes exigeants, de comparaisons répétées, de relations insécurisantes ou d’expériences où la valeur personnelle a été confondue avec la performance.

C’est aussi pour cela qu’un simple “mais non, tu es génial·e” ne suffit pas toujours.

Quand l’estime de soi est fragile, la difficulté ne vient pas seulement d’un manque d’information positive. Elle peut venir d’une organisation plus profonde du rapport à soi.

L’estime de soi évolue-t-elle à l’âge adulte ?

On pourrait croire que l’estime de soi se construit dans l’enfance et l’adolescence, puis reste figée une fois adulte. Les recherches longitudinales invitent à être plus nuancé·e.

Orth, Trzesniewski et Robins (2010) ont étudié l’évolution de l’estime de soi de l’âge adulte au grand âge, à partir d’un échantillon national représentatif aux États-Unis. Leurs résultats suggèrent que l’estime de soi tend en moyenne à augmenter au cours du jeune âge adulte et de l’âge adulte moyen, à atteindre un pic autour de 60 ans, puis à diminuer au cours du grand âge.

Dans une revue ultérieure, Orth et Robins (2014) résument les données disponibles en indiquant que l’estime de soi est relativement stable, mais pas immuable. Autrement dit, les personnes qui ont une estime de soi plus élevée ou plus basse que les autres à un moment donné ont tendance à conserver une certaine continuité dans le temps, mais cela ne signifie pas que rien ne peut changer.

Cette idée est précieuse en psychoéducation. Elle permet d’éviter deux écueils :

Le premier serait de dire :

  • “Tout se joue dans l’enfance, c’est trop tard.”

Le second serait de dire :

  • “Il suffit de décider de s’aimer.”

Entre les deux, il existe une voie plus réaliste : l’estime de soi a une histoire, une certaine stabilité, mais elle peut aussi évoluer avec les expériences, les relations, les contextes de vie, les accompagnements et les manières d’apprendre à se traiter soi-même.

Alors, comment en prendre soin ?

Prendre soin de l’estime de soi ne consiste pas forcément à chercher à “penser positif” à tout prix.

Parfois, cela commence par des choses plus simples, mais plus profondes.

  • Cela peut être apprendre à repérer la voix intérieure critique.
  • Comprendre d’où elle vient.
  • Différencier une erreur d’une identité.
  • Arrêter de faire de chaque échec une preuve de nullité.
  • Recevoir un compliment sans immédiatement le repousser.
  • Construire des expériences dans lesquelles on peut se sentir capable.
  • S’entourer de relations qui ne conditionnent pas l’amour ou le respect à la performance.
  • Se demander : “Est-ce que je parlerais comme ça à quelqu’un que j’aime ?”

Prendre soin de l’estime de soi, ce n’est pas repeindre le miroir en rose.

  • C’est plutôt travailler la terre.
  • C’est nourrir les racines.
  • C’est créer des conditions plus favorables.
  • C’est apprendre à considérer que, même les jours de doute, le jardin mérite qu’on s’en occupe.

Et parfois, cela peut aussi passer par un accompagnement thérapeutique. Non pas parce que la personne serait “cassée”, mais parce que certaines manières de se percevoir ont été construites dans des contextes douloureux, critiques ou insécurisants, et qu’il peut être difficile de les transformer seul·e.

Petite question pour soi

Quand je dis :

  • “Je n’ai pas confiance en moi”,

de quoi suis-je vraiment en train de parler ?

  • De mon image ?
  • De mes capacités dans une situation précise ?
  • De la manière dont je me définis ?
  • De la valeur que je m’accorde ?
  • De la peur du regard des autres ?
  • D’une expérience passée qui continue à parler fort aujourd’hui ?

Mettre le bon mot ne règle pas tout. Mais cela permet souvent de mieux comprendre la porte par laquelle commencer.

Parce qu’on ne soigne pas une racine comme on ajuste un miroir. Et on ne développe pas une boîte à outils comme on répare un sentiment de valeur blessé.

Pour conclure

L’estime de soi, ce n’est pas juste “s’aimer”.

  • C’est une manière de se considérer.
  • Une manière de se parler.
  • Une manière de ne pas confondre sa valeur avec ses réussites, ses échecs, son apparence ou sa productivité.

On peut douter de soi sans être nul·le.

On peut manquer de confiance dans une situation sans manquer de valeur.

On peut ne pas aimer son image à un moment donné sans devenir indigne de respect.

Et peut-être que l’objectif n’est pas de se trouver merveilleux·se tous les jours.

Peut-être que l’objectif est déjà de ne plus se traiter comme quelqu’un qui ne mérite pas de douceur.

"

“L’estime de soi ne dit pas seulement comment je me vois. Elle dit aussi si je me considère comme une personne qui mérite du respect.”

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“On peut avoir beaucoup de compétences et une estime de soi fragile.”

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“Ne pas aimer son image du moment ne signifie pas perdre sa valeur.”

"

“Ne pas aimer son image du moment ne signifie pas perdre sa valeur.”

Sources

D'où viennent ces informations

01.

Bandura, A. (1977). Self-efficacy : Toward a unifying theory of behavioral change. Psychological Review. https://doi.org/10.1037/0033-295X.84.2.191

02.

Orth, U., & Robins, R. W. (2014). The Development of Self-Esteem. Current Directions in Psychological Science. https://doi.org/10.1177/0963721414547414

03.

Orth, U., Robins, R. W., & Widaman, K. F. (2012). Life-span development of self-esteem and its effects on important life outcomes. Journal of Personality and Social Psychology. https://doi.org/10.1037/a0025558

04.

Orth, U., Trzesniewski, K. H., & Robins, R. W. (2010). Self-esteem development from young adulthood to old age : A cohort-sequential longitudinal study. Journal of Personality and Social Psychology. https://doi.org/10.1037/a0018769

05.

Rosenberg, M. (1965). Society and the Adolescent Self-Image. Princeton University Press. https://www.jstor.org/stable/j.ctt183pjjh

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Écrit par

Zoé Dambrune

Psychologue clinicienne — j'écris ici sur la santé mentale, les émotions, et tout ce qui aide à mieux comprendre ce qu'on traverse.

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